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Pourquoi Liban Pluriel

ImageDiagnostic de la crise du Liban: Le Liban subit une crise grave qui se traduit par une impasse constitutionnelle à tous les niveaux. La crise qui touche le Liban aujourd’hui se traduit par un blocage institutionnel à tous les niveaux de l’Etat et par une désintégration lente de l’autorité publique. La République Libanaise se démène pour élire un président sous le regard bienveillant de l’ensemble des puissances occidentales et des Nations Unies qui se révèlent impuissantes à son chevet.

Le Gouvernement libanais est miné par une crise de légitimité, le parlement a été empêché de se réunir pendant plus d’un an, la cour constitutionnelle est vacante depuis deux ans, le corps diplomatique est paralysé…64 ans après son indépendance, le Liban n’a jamais été aussi près du dépôt de bilan national alors qu’il est paradoxalement plus que jamais au centre de l’attention des pays amis, la France en tout premier lieu.

Bien plus que la désintégration de l’Etat, le Liban subit aujourd’hui une saignée qui entame inexorablement son caractère le plus profond, fruit de plusieurs millénaires d’histoire. 

§ L’émigration vide le Liban de ces forces vives en touchant massivement les jeunes diplômés. 350 000 jeunes ont émigrés entre les années 1991 et 2000, 250 000 entre les années 2001 et 2005 et 120 000 durant la seule année 2006, suite à la guerre opposant le Hezbollah à Israël, soit un total de près de 20% de la population libanaise en 17 ans1. Cet exode a été accompagné de la nationalisation de plus de 300 000 réfugiés palestiniens par le régime mis en place par la Syrie durant les années 1990 en violation avec les normes constitutionnelles et légales ayant trait à la question palestinienne et à l’octroie de la nationalité libanaise. La modification forcée de l’équilibre démographique est aujourd’hui à la source de ses principaux défis identitaires, économiques et sociaux du Liban.

§ L’anarchie environnementale qui règne au Liban fait de la terre une proie privilégiée de l’individualisme malsain et de la maximisation du profit individuel qui sont en passe d’éradiquer toute forme d’héritage commun aux libanais. La beauté et la diversité qui ont tant contribué au façonnement du caractère libanais et à l’attraction quasi « mystique » exercée par le pays sur ses fils et sur ses visiteurs cèdent aujourd’hui leur place au gris bétonneux propre aux pays sans histoire. La catastrophe écologique continue du Liban trouve certes sa source dans le manque de moyens et de logistique mais c’est surtout l’absence de volonté et de vision de la part de la classe politique qui en est la première responsable. 1 à 2% de la surface boisée du Liban succombent chaque année à l’action des pyromanes sans que cela ne suscite aucune réaction notoire de la part de l’Etat. Le patrimoine architectural est abandonné et l’exploitation foncière sauvage élimine les dernières vielles demeures qui témoignent d’un passé riche en création. L’environnement au Liban est victime de la collusion entre la politique et les affaires, les scandales causés par les carrières de pierre et les ventes frauduleuses de terrains se multiplient dans l’indifférence générale. Au final, le rayonnement du Liban, son histoire, son patrimoine et son identité sont chaque jour entamés d’une façon irréversible. Plus grave encore, l’étouffement systématique de tout espace public, culturel ou environnemental, lieu de réunion des libanais sans distinction de classe sociale ou de confession est en frein essentiel à l’émergence d’une citoyenneté libanaise, essentielle à tout processus de normalisation du pays.

§ L’ampleur de la faillite économique du Liban en fait un cas extrême dans les annales mondiales. Le pays présente le plus fort ratio d’endettement ramené au PIB du monde. Entièrement constituée durant le règne du régime mis en place par le Syrie à partir de 1990, la  dette publique de 43 milliards de dollars (2007) est majoritairement détenue par les banques libanaises, aussi bien en devises qu’en Livre Libanaise. Son service annuel représentait 33% des dépenses de l’Etat en 2005. Le gouvernement est aujourd’hui techniquement en état de quai faillite. Il à de plus en plus de mal à payer ses arriérés notamment vis-à-vis de la sécurité sociale et des salaires de l’administration et le pays semble avoir épuisé la batterie d’aides internationales qui l’ont maintenu sous perfusion jusque là. Il est inutile de préciser que le citoyen libanais n’a lui jamais profité de cet endettement qui s’est évaporé sous les coups de la corruption, du clientélisme et de la dilapidation. Le pillage systématique a créé une scène burlesque où les pratiques mafieuses se déroulaient en plein jour sans plus choquer quiconque. La dette que nous lèguent les gouvernants du Liban de ces dernières années constitue un fardeau que devront porter des générations futures de libanais et qui remet en cause la viabilité économique à long terme de ce pays autrefois prospère.

La crise du Liban est le prolongement d’une défaillance structurelle, elle puise son essence d’une mauvaise gestion du pluralisme communautaire

Le contexte régional du Liban est marqué par une lutte d’influence à laquelle se livrent plusieurs puissances, principalement constituées autour de deux axes, l’un d’inspiration irano-syrienne et l’autre d’inspiration occidentale. Les tensions communautaires et identitaires se font la caisse de résonance de ce bras de fer partout au Moyen-orient et surtout au Liban, pays pluriel dépositaire d’une longue tradition de libertés culturelles. La tragique situation dans laquelle se trouve le Liban est cependant loin d’être conjoncturelle, elle est surtout due à une question inhérente à la constitution du pays, celle de la gestion du pluralisme et de la normalisation identitaire et institutionnelle. La fragilité de la charpente libanaise, celle du contrat qui lie les citoyens entre eux et qui définit leurs espaces et biens communs est à la source des nombreuses crises libanaises qui ont placé le pays dans un état de conflit permanent depuis le XIXème siècle et qui ont aboutit à des guerres dévastatrices à chaque quelques décades. La fin du dernier chapitre de cette épopée s’est soldée par une occupation syrienne directe de l’ensemble du pays qui a duré de 1990 à 2005. Les conséquences de cette sombre période furent catastrophiques pour le Liban. Le pays a été ruiné, sa souveraineté réduite à néant et ses institutions désintégrées par le régime pompier-pyromane des Assad devenu arbitre du jeu politique au Liban grâce aux accords de Taëf de 1990. Les 15 ans d’occupation du Liban ont prolongé la formule confessionnelle dite consensuelle libanaise tout en prenant soin d’en altérer l’essence et les mécanismes de résolution des conflits, rendant de par ce fait le pays ingouvernable.

La formule consensuelle a failli à accorder les volontés des communautés libanaises entre–elles tout en créant des mécanismes de blocage qui condamnent le Liban à un éternel sur-place  

La formule libanaise originelle qui repose sur le postulat de concordance communautaire s’est prouvée incapable de générer un système de résolution des conflits une fois ce postulat démenti. C’est par cycles de domination que les communautés ont, à tour de rôle, cherché à remodeler le Liban à leur image, balkanisant et internationalisant des crises ouvertes aux participants étrangers. La formule libanaise dite de démocratie consensuelle a failli à gérer le pluralisme. Portant en elle une contradiction entre les deux notions de démocratie et de consensus, entre le gouvernement de la majorité et celui de l’ensemble, elle a abouti a une situation « hérétique » dans lequel les questions fondamentales, identitaires, constitutionnelles et ayant trait à la vocation du pays échappent au consensus alors que celui-ci est utilisé pour bloquer des réformes qui relèvent de la pratique politique quotidienne. Sous le régime existant, le Liban est dans un confessionnalisme non arbitré dans lequel chaque communauté tente de maximiser la rente qu’elle perçoit de l’Etat, le tout dans un climat de suspicion et de non-dits qui minent le dialogue communautaire. Construit comme un système fédéral dans un Etat central, le système libanais a, au vu de son désastreux bilan, failli à répondre aux défis identitaires et à la question de gouvernance du Liban.

Compte tenu de l’urgence de l’action ici décrite, l’Alliance Loubnanouna s’est rapproché du parti Social Démocrate Kataëb pour se donner les moyens d’influencer immédiatement sur le débat politique libanais. Oeuvrant comme « bras intellectuel » du parti Social Démocrate Kataëb, Loubnanouna a depuis fusionné ses activités politiques avec le parti pour se recentrer sur la recherche et les actions de développement social. Ce choix n’a eu aucune conséquence sur les relations qu’entretient l’Alliance Loubnanouna avec d’autres forces politiques ou mouvements de la société civile, bien au contraire, le caractère académique et neutre du nouveau positionnement a catalysé d’avantage la coordination avec ces forces.